Les Démons de la langue.

Une langue, c’est un mur. Un mur de cultures, de gens, de connivences, un pan de Démons, créatures de préjugés enfermés dans une forêt d’insondables signes.

Je m’approche pas à pas du mur, je suis timide, mais mes progrès, je les veux rapide alors je peux voir le mur de près, à bien y regarder il est fait de milliers de signes, et, je peux y plonger la main et enfin mon corps tout entier. Maintenant je me baigne entièrement du langage, j’étouffe un peu, il fait chaud, je ne peux plus sortir, il fait sombre, les signes sont si rapprochés que je les comprends à peine. Je bas des bras dans n’importe quel sens, je tente de conserver un équilibre, mais je tombe. Je tombe sans cesse, le sol n’est qu’un amas de signes à la profondeur sans limites. Je me noie dans la langue, parfois je distingue, parfois je comprends et maintenant j’avale.

J’offre ma bouche et la langue m’inonde, elle me traverse et me possède, l’obscurité s’évanouie en une plaine. Des milliers de signes flottent au dessus de moi, mais l’air est frais et le soleil radieux. Je sors un son et mon cœur vibre, il est japonais, les signes ne sont pas très propres, mais ils ont l’odeur de la naissance. Je vis de corps étrangers, je marche un peu. Me voici deux fois étrangers, plaisir d’être humain, je pars à la quête d’échanges.